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    Le milieu agricole

    Faut-il faire une formation agricole pour être éducateur canin ?

    D’un point de vue législatif et réglementaire, le chien dépend en grande partie du ministère de l’Agriculture. C’est pour cette raison que pour passer le BP éducateur canin il faut s’inscrire dans un lycée ou un centre de formation agricole. Faut-il pour autant suivre une des formations dispensées par l'un des dix lycées agricoles pour exercer cette activité ? Cela se discute car les éducateurs canins sont très loin d’être des exploitants agricoles.

    Comme vous le savez sûrement les chiens ont été les premiers animaux domestiqués par l’Homme, il y a plus de 15 000 ans, avant la création de l’agriculture et de l’élevage. Ils ont la particularité d’avoir été apprivoisés par des chasseurs cueilleurs et non par des éleveurs comme les autres animaux domestiques. Aujourd’hui encore, ils ont une place à part. Ils sont présents partout, dans les endroits les plus froids comme dans les plus chauds, dans les coins les plus reculés comme dans les métropoles surpeuplées. Pour éduquer un chien, il faut tenir compte de l’endroit dans lequel il vit. C’est pourquoi le travail d’un éducateur canin ne peut pas se cantonner à des exercices sur un terrain isolé. Il faut qu’il puisse travailler dans tous les milieux où les chiens sont autorisés. Il n’est pas certain que les centres agricoles qui organisent le BP éducateur canin aient pu véritablement prendre en compte l’importance de cette problématique dans leurs formations.

    "Je t'aime, moi non plus !"

    Les Lycées et CFPPA qui organisent le BP sont situés en milieu rural, loin des villes où la plupart des éducateurs canins professionnels travaillent. Le plus ancien à avoir créé une formation canine est le Lycée des Combrailles. Il est situé à Saint Gervais d’Auvergne, un village de 1400 habitants à 60 kilomètres de Clermont Ferrand. Cet organisme agricole a ouvert, il y a plus de 25 ans, la première formation professionnelle canine : le Brevet professionnel Responsable d’exploitation agricole « élevage canin et félin » puis le Bac Pro "conduite et gestion de l'élevage canin et félin" . Une formation paradoxale puisqu’elle a pour objet de former des éleveurs « professionnels » de chiens de races alors que la Société Centrale Canine qui gère les races de chiens n’a aucune considération pour le professionnalisme canin. Constituée de clubs « amateurs », de juges « bénévoles », la SCC n’a jamais vu d’un bon œil les éleveurs professionnels. Pourtant les formateurs des lycées agricoles disent chaque jour « je t’aime » à la SCC qui leur répond, comme dans la chanson, « moi non plus ! ». Ils apprennent aux élèves le fonctionnement d’une organisation qui au mieux est indifférente au pire les méprise ouvertement. Si cette formation existe encore aujourd’hui, c’est parce qu’elle bénéficie à quelques très gros élevages professionnels et non parce qu’elle est appréciée par la SCC.

    Ce paradoxe a continué avec la création du BP éducateur canin en 2005. La SCC n’a pas envie de voir des professionnels de l’éducation canine s’installer puisqu’elle fait la promotion des moniteurs d’éducation canine « bénévoles » dans ses clubs canins associatifs. Pourtant cette tendance à utiliser la SCC comme référence dans les lycées agricoles ne s’est pas arrêtée. Certains lycées font intervenir, encore aujourd’hui, des formateurs qui n’ont jamais été professionnels de l’éducation canine ou pire qui sont moniteurs ou présidents de clubs canins. Des clubs canins qui n’ont pas de salariés et qui proposent des services d’éducation canine aux particuliers sans avoir à payer les charges sociales, les impôts ou les taxes qui sont le lot quotidien des entreprises. Si les lycées agricoles n’ont que la SCC comme modèle pour orienter les carrières de leurs élèves, s’ils ne savent qu’expliquer que pour faire de l’éducation canine il faut ouvrir une sorte de club canin amélioré, les formations qu’ils donnent seront une voie royale vers le chômage.

    Stages ou apprentissage ?

    Mais l’avenir des élèves est-il une priorité pour tous les lycées qui proposent les BP éducateur canin? On peut en douter car certains de ces organismes proposent cette formation parce qu’elle permet, grâce à la passion du chien, de faire venir dans leurs établissements des jeunes qui n’avaient aucun intérêt pour la filière agricole. D’autres proposent de faire le BP sous la forme de l’apprentissage en sachant que très peu d’éducateurs canins professionnels acceptent des apprentis. Avec un certain bon sens, les spécialistes de ce domaine affirment qu’ils n’ont aucune envie de payer pour former leurs futurs concurrents. Pour trouver des maîtres d’apprentissage, les élèves sont obligés de postuler chez des gros éleveurs de chiens qui apprécient cette main d’œuvre bon marché et motivée. Le plus gros de leur formation constituera à nettoyer des chenils (une activité formatrice mais limitée) avec de nombreux autres apprentis (Bac pro ou Bp élevage canin) qui rêvent tout en ramassant des crottes de chiens d’avoir une exploitation agricole comme leurs patrons…

    Si nous avons voulu et si nous nous sommes battus pour avoir un BP éducateur canin, ce n’est pas pour permettre aux lycées agricoles de remplir leurs salles de classes ou aux gros éleveurs de chiens d’augmenter leurs chiffres d’affaire en utilisant une main d’œuvre sous payée ! Alors, vous direz-nous, faut-il faire une formation type BP agricole pour devenir éducateur canin ? Pour nous, la réponse est oui et non. Oui, si vous comprenez qu’une telle formation n’est qu’un commencement. . Non, si vous croyez que le BP éducateur canin est un aboutissement et qu’il suffira de l’avoir pour travailler dans le milieu canin.